Verdun'num le mag n° 3 - lecture en ligne

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Un nouveau souffle pour l’oeuvre de Charlotte Delbo

Thomas Germaine a livré une interprétation saisissante du récit de Charlotte Delbo sur le camp de concentration d’Auschwitz, au Centre Mondial de la Paix de Verdun lundi 23 avril. Une oeuvre d’une puissance extrême à laquelle le jeune comédien a contribué à donner un nouveau souffle, alors qu’on se prépare à en célébrer la commémoration.

Tout a commencé lorsque Yves Thouvenel (comédien messin) s’est vu prêter par son libraire les trois volumes du texte écrit par la déportée Charlotte Delbo en 1986. « J’ai alors immédiatement pensé qu’il fallait en faire quelque chose, pour ne pas qu’il sombre dans l’oubli » a-t-il expliqué. En 1995, Yves Thouvenel et la compagnie Bagages de sable décident d’organiser des lectures publiques de l’oeuvre de Charlotte Delbo dans 160 communes (les 160 communes d’où étaient originaires les 230 déportées du convoi de l’écrivaine). C’est à l’occasion de l’une de ces lectures publiques données par la compagnie, que Thomas Germaine a été frappé par la force des textes. Il décide alors, à son tour, d’en proposer une mise en scène, afin d’en préserver la mémoire.

Comme les spectateurs ont pu le constater lors des cinq représentations données en Meuse par ce jeune comédien généreux du 21 au 27 avril, la mise en scène élaborée par Thomas Germaine est aussi rudimentaire dans son dispositif, qu’efficace dans sa manière de donner à ressentir l’émotion véhiculée par les textes. Thomas court sur son tapis de course et déclame chaque phrase du texte avec un ton neutre qui en laisse résonner toute la puissance évocatrice. « Les textes de Charlotte Delbo sont très forts, l’un des principaux écueils consisterait selon moi à chercher à les interpréter, alors que je n’ai pas vécu toutes ces atrocités. La course symbolise un cauchemar, dans lequel on cherche à fuir sans avoir la sensation d’avancer. C’est aussi un moyen d’évoquer le rapport paradoxal de l’idéologie Nazi au corps. Ce corps qu’on glorifie dans l’exploit sportif et qu’on avilit dans les camps de concentration », a-t-il expliqué. Une mise en scène qui donne aussi à ressentir la résistance de ces corps meurtris, qui luttent chaque jour, minute après minute. Chacun des pas du coureur résonnant alors comme un coup de plus porté sur la chair de ces femmes déportées.

Il faut saluer l’exploit de Thomas Germaine qui a su trouver le ton juste. Celui qui, sans afféterie aucune, parvient à conserver toute la puissance évocatrice du texte original, sans jamais perdre l’attention du spectateur.

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avatar Posté par le 24 avril 2012 à 22:15.
Classé dans Reportages.

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