La deuxième phase de la bataille

Les Allemands n’ayant pas réussi à prendre une décision immédiate à Verdun, ils se rendent vite compte que l’armée britannique prépare une attaque sur la Somme. Pendant les quatre mois suivants, ils font durer la bataille de Verdun avec une furieuse ténacité afin de désorganiser l’attaque que préparent les Alliés en Picardie. De son côté, l’état-major français est confronté au problème de se maintenir à Verdun sans cesser de préparer la Somme, épuisant au maximum les Allemands avant l’offensive d’été prévue par les Alliés.

Le 4 mars, les Allemands s’emparent du village de Douaumont. La ville a été rasée pendant la bataille, et la présence généralisée de munitions non explosées dans toute la région fait qu’elle ne pourra pas être reconstruite. Les Allemands étendent la portée de leurs attaques à la rive ouest de la Meuse, et le 6 mars, deux corps de réserve traversent le fleuve à Brabant et occupent la colline de 1’Oie. Le 10 mars, les Allemands s’emparent du Bois de Cumières, ouvrant la voie à une attaque sur l’un des piliers de la principale ligne de défense française, une colline connue sous le nom de « Le Mort Homme ». Les deux camps subissent des dizaines de milliers de pertes au cours de ces furieux engagements, et le 14 mars, les Allemands s’emparent de la crête inférieure du Morte Homme. La crête supérieure, connue sous le nom de pic 295, ne pouvait être tenue par aucun des deux camps et était considérée comme le No Man’s Land.

La bataille fait maintenant rage sur les deux rives de la Meuse. Le 8 mars, les Allemands s’emparent des ouvrages défensifs entourant Hardaumont, sur la rive droite, et passent les dix jours suivants à lancer une série d’attaques sanglantes mais peu concluantes contre le fort et le village de Vaux. Sur la rive gauche, les Allemands envahissent le Bois d’Avocourt le 20 mars, prélude à un assaut sur le point d’appui français de la cote 304, mais cette attaque n’aboutit pas. Les Allemands font venir des troupes fraîches et, le 28 mars, la bataille reprend sur la rive gauche ; sur la rive droite, les Allemands s’emparent du village de Vaux le 31 mars. Le 8 avril, les Français avaient perdu tout ce qui restait de leur ancienne ligne de front sur la rive gauche de la Meuse. Le nouveau front passe par Avocourt, les premières pentes de la cote 304, le revers sud du Mort Homme, et au nord de Cumières. Le 9 avril, le prince héritier ordonne une attaque sur les deux rives d’une ampleur inconnue depuis l’offensive d’ouverture de février, mais les gains sont insignifiants.

L’impasse sanglante se poursuit tout au long du mois d’avril, alors que les deux armées font tourner leurs commandants. Pétain est promu commandant du groupe d’armées Centre, et son ancien commandement est divisé, Robert-Georges Nivelle prenant en charge les forces françaises sur la rive droite et Henri Berthelot dirigeant la défense sur la gauche. Le commandement allemand avait également divisé le champ de bataille en deux sections, le général Ewald von Lochow remplaçant le général Bruno von Mudra sur la rive droite ; le général Max von Gallwitz commandait la rive gauche jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le général Hermann von François en juillet. Le 8 mai, les Allemands s’emparent du Bois Camard mais ne parviennent pas à transformer cette avancée en un assaut réussi sur le point d’appui français de la cote 304. Le village de Cumières tombe au cours de violents combats le 24 mai, mais les gains allemands sont partiellement annulés quelques jours plus tard, en raison d’une attaque française sur Douaumont qui immobilise les renforts allemands destinés à la rive gauche. Alors que chaque armée continue à chercher l’avantage à Verdun, les préparatifs de la prochaine offensive de la Somme exercent une pression sur les deux camps pour qu’ils s’efforcent de trouver une solution hâtive et concluante à la bataille.

Le 1er juin, les Allemands attaquent Vaux et Thiaumont, deux points forts de la ligne française sur la rive droite. Après des jours de combat en va-et-vient, les Allemands s’emparent des deux positions le 9 juin, mais ils sont incapables de poursuivre leur attaque jusqu’aux ouvrages défensifs au sud de Thiaumont. Les combats sur la rive gauche sont peu concluants, mais le 15 juin, les Français récupèrent environ un peu plus d’un kilomètre de tranchées sur Le Mort Homme. Ces gains mineurs, qui ont coûté d’énormes vies humaines, sont caractéristiques des horreurs de la guerre des tranchées sur le front occidental.

Si les Allemands conservent l’initiative à Verdun, leurs efforts sont contrariés par des événements survenus à près de 1 600 km de là. Le 4 juin, le général russe Aleksey Brusilov lance une offensive dévastatrice en Volhynie (aujourd’hui en Ukraine) qui conduit à la capture de 200 000 soldats austro-hongrois en l’espace de trois jours seulement. Contraints de détourner leur attention vers le front oriental alors que la victoire à Verdun semble imminente, les Allemands renouvellent leur attaque sur la rive droite le 21 juin. La ville de Fleury tombe, ainsi que la première ligne de tranchées devant Souville, mais l’offensive s’arrête au point fort français de Froide Terre. Le 23 juin, la situation est devenue si grave pour les Français que Pétain, en tant que commandant de secteur, conseille de se déplacer sur la rive gauche si les Allemands avancent davantage ; le 27 juin, il reçoit l’ordre de tenir la rive droite à tout prix.

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